Le Programme national des travaux d'infrastructure
Un accord mais pas vraiment d'entente

par Claude Fugère

Ottawa et Québec n'ont pas réussi à se retrouver à la même table, pour signer, le 11 avril dernier, l'entente qui prolonge d'un an le programme national d'infrastructures. Il y a eu deux conférences de presse dans chacune des capitales, et deux versions bien éloignées l'une de l'autre. Et les 2 gouvernements ne s'entendent même pas sur l'ampleur réelle du programme, qui pourrait entraîner des investissements de 335 millions $, selon Québec, ou de 554 millions $, selon Ottawa. La veille de la signature, le bureau du président du Conseil du Trésor, Marcel Massé, a appris que le gouvernement Bouchard ne voulait pas d'un communiqué conjoint avec le gouvernement fédéral. "Pour 185 millions $, vous pourriez au moins mettre votre nom sur le même bout de papier que nous", a répondu Jean Lapierre, l'attaché de presse du ministre Massé.

"À la veille des élections fédérales, on n'avait pas de raisons de s'afficher avec le fédéral", selon une source au bureau du vice-premier ministre Bernard Landry.

Au-delà de cette querelle partisane, on ne fait pas dire, non plus, la même chose aux chiffres. Ottawa évalue sa contribution au Québec à 185 millions $. Il s'agit, en fait, de 111 millions $ de nouveaux fonds, auxquels s'ajoutent les 74 millions $ qui n'avaient pas été dépensés dans le programme initial. Cette dernière portion, Québec ne la compte pas, ce qui explique l'écart entre les deux. Le Québec est ainsi devenu la septième province canadienne a signer le renouvellement de l'entente, mais il a exigé et obtenu des modifications, par rapport à la première version du programme lancé en 1994.

Québec voulait des fonds fédéraux pour la réfection de routes provinciales. Au début, le fédéral a exprimé des réserves en insistant pour maintenir les municipalités dans le programme comme partenaire majeur.

Mais le gouvernement Bouchard aura eu finalement gain de cause: 40% des 111 millions $ du fédéral iront à la réfection du réseau routier qui est sous juridiction de Transports Québec. En fait, Québec estime à 134 millions $ le montant des travaux de construction et de réfection du réseau routier qui pourront être réalisés en vertu de l'entente. Dans le dernier budget Landry, il est prévu de consacrer 465 millions $ au réseau routier. De quoi faire un peu de rattrapage sur l"an dernier, où les routes du Québec n'avaient reçu que 291 millions $, soit presque deux fois moins d"argent que par les années passées.

Le 18 avril dernier, le ministre des Transports, Jacques Brassard, était fier d'annoncer les 130 chantiers qu'il y aura cette année dans la région de Montréal.

"Les budgets des travaux routiers iront en augmentant, a-t-il déclaré, nous pourrons ainsi redonner aux usagers de la route un réseau en bon état."

Mais le dépôt du budget Landry, qui devait contenir une foule de mesures pour financer le nouveau Fonds routier, ne prévoit qu'une hausse de 28 $ des droits d'immatriculation. Si Québec s'en tire si bien, malgré tout, c'est aussi grâce à l'argent du fédéral, mais le programme ne durera qu'un an. Après, il faudra trouver autre chose, et on dit que le gouvernement Bouchard attendra après les élections fédérales, pour annoncer les moyens qu'il devra prendre pour faire du chemin tout seul.


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